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ABDOU DIOUF MEMOIRES 2 AVANT-PROPOS Dans son autobiographie, «Si le grain ne meurt», publiée en , André Gide écrit: «Les mémoires ne sont. Mémoires - Abdou Diouf - Sorti major de l'École nationale de la France Mais dès , l'infatigable Abdou Diouf est élu secrétaire général de la Télécharger. Offrir? Ajouter à vos envies. Version papier. 13,20 €. Acheter. Ebook PDF. Lamine TIRERA, Abdou Diouf et l'Organisation Internationale A la mémoire de mon père . noter ses travaux de mémoire de fin d'étude de l'ENFOM: Diouf.

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Il faut y ajouter Monsieur Robert, professeur agrégé de Français, Latin et Grec, Jean Vigneau, qui quatorze années durant, a formé à la philosophie des générations de Sénégalais, Lorenzini, professeur d histoire et de géographie, un corse dont la fibre patriotique française résonnait à nos oreilles, Félix Brigaud qui aura consacré beaucoup d ouvrages à l histoire du Sénégal. Je ne pouvais ainsi échapper à cette règle. Il avait vraiment du talent. Il tait bon, humble et je me suis pris dadmiration pour cet homme. A la fin du meeting, il y a eu la marche jusqu la place Faidherbe et l, comme maire de Saint-Louis, Matre Babacar Sye est mont sur la statue de Faidherbe quil a embrass et lui a dit : si tu avais t l on ne nous aurait pas fait a Avec ma russite au concours dentre lENFOM, les portes de Paris souvraient moi, me donnant loccasion dlargir encore mes horizons pour mieux me mettre au service de mon pays et de mon peuple. C était un moment important de l histoire de notre pays. Il s agit simplement de faire en sorte que pour nous-même, pour nos contemporains et pour les générations futures, nous nous employions à restituer la part de ce que nous avons vécu, bien souvent de l intérieur et quelquefois, sans d autre témoin que notre propre conscience.

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Louga, ctait aussi pour moi loccasion dtre au cur de la compagnie enrichissante des jeunes de mon ge avec qui je pus discuter et changer. Une anne repre, fut celle de , lors de la cration de lAmicale scolaire et universitaire de Louga. Cette association 14 regroupait tous les lycens, collgiens et universitaires qui passaient leurs vacances dans cette escale du Ndjambur. Jen fus dabord le secrtaire gnral, avant den prendre la tte en Lorsque je quittai la prsidence, ce fut Cheikh Ba qui me remplaa.

Cest encore lui qui me succda la tte des Associations Scolaires et Universitaires de tout le Sngal quon appelait la Coordination des Associations Scolaires et Universitaires du Sngal dont je devins le Prsident avant daller poursuivre mes tudes en France.

Cette amicale de Louga organisait des cours de vacances pour les jeunes lves et galement des soires artistiques et culturelles. Sur ce terrain, elle rencontrait le Cercle de la Jeunesse de Louga qui regroupait les jeunes qui vivaient de manire permanente sur le terrain. On sait avec quel talent le Cercle a domin pendant des dcennies, la scne artistique et culturelle du Sngal. Les deux associations cultivaient une certaine rivalit mais elle ntait jamais bien mchante car tout nous unissait.

Si Saint Louis, je dcouvris les ralits de la politique du Sngal de lpoque grce au militantisme de ma tante, je peux dire que mes vacances Louga et ma participation la vie de lAmicale furent pour moi un laboratoire dexercice la vie communautaire, avec tout ce que cela demande comme comprhension et sacrifice pour le bonheur et lentente avec autrui.

Ma vie de lycen a t ainsi rythme par ces dplacements entre Saint Louis, Louga et Lingure, tant entendu que, du fait de mes tudes, je passais plus de temps dans la vieille capitale. Cest cela qui explique le fait que je la connaisse bien mieux que Louga ma ville de naissance, mme si plus tard, les vicissitudes de lhistoire mont amen militer dans la dernire.

Cest le lieu de reconnatre que les liens nous entre adolescents sont trs forts et peuvent tre de qualit. Je pense, en effet, que mon action au sein de lAmicale scolaire et universitaire de Louga participation la vie culturelle de lassociation, animation des cours de vacances, etc.

Je souligne ce fait pour rendre hommage tous ceux qui, se rappelant notre compagnonnage au sein de lAmicale, nont pas hsit me soutenir pour asseoir une base politique dans une ville o jtais certes n, mais o je ne sjournais que le temps des vacances scolaires. En , jobtins la deuxime partie du baccalaurat en srie Philosophie. Le lyce tait alors termin et la scolarit, Saint-Louis, aussi. Dsormais, je devais mtablir Dakar. Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, il yavait en effet la gnralisation des programmes mtropolitains dans le niveau du primaire.

Il sy ajoute que les lyces de Dakar et Saint-Louis taient dsormais, habilits prparer et avec toutes les options, au baccalaurat de type mtropolitain. Saint-Louis tait non seulement la capitale du Sngal, mais galement la capitale de la Mauritanie. Elle revtait incontestablement les atours dune grande ville o se ctoyaient administrateurs coloniaux, fonctionnaires europens et africains, conseillers territoriaux du Sngal, commerants marocains, libanais, mauritaniens et sngalais, lves du lyce et des collges Blanchot et des jeunes filles, pcheurs de Guet-Ndar et agriculteurs de lhinterland venus la recherche de revenus complmentaires aprs la priode des rcoltes ; A ceux-l, venait sajouter une population laborieuse, souvent confronte la recherche dun quotidien qui nest pas toujours assur.

A Saint-Louis donc, tout mtait familier et tout mtait agrable aussi. Or, voil que la ncessit de poursuivre des tudes suprieures mamenait quitter cette ville si chre pour aller vivre Dakar. Ville ouest-africaine o on retrouve une certaine concentration humaine ainsi que des activits administratives, conomiques et sociales, elle est incontestablement, une grande ville, avec les avantages et les inconvnients que lon peut retrouver dans ce genre dagglomration.

Jy allais certes de temps autre rendre visite un cousin de ma mre, Soulye Ndoye.

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Il habitait la rue Thiers et au cours de ces visites, javais tiss des amitis de jeunesse qui dailleurs,survivront lusure du temps. Dakar abrite lInstitut des Hautes Etudes IHE cr par dcret du 6 avril et qui fut transform en Universit par dcret du 24 fvrier Il est li au rectorat dacadmie de Bordeaux et est ouvert aux originaires des territoires de lAOF.

Il comprend uniquement, au premier cycle, une cole de droit, une cole de mdecine, une cole de lettres et une cole de sciences. Install Fann, entre la route de Ouakam et la corniche ouest, lInstitut occupe une surface denviron un kilomtre carr. Face la route de Ouakam, la cit 16 universitaire o trne un beau btiment colonial couvert de tuiles rouges, le Pavillon A o jai log pendant mes annes dtudes Dakar. Le restaurant universitaire occupait le sous-sol du btiment.

Le Professeur Assane Seck, intellectuel brillant et distingu tait le directeur de la cit. Sa dfaite nentachait nullement le respect et la parfaite considration que nous lui portions Dans cet Institut qui comptait en , tudiants devenus en , mon monde slargissait et se diversifiait.

Non seulement, je me retrouvais avec danciens camarades du lyce Faidherbe, mais il fallait aussi compter avec les anciens lves du lyce de Dakar, des tudiants franais dont les parents travaillaient, pour leur grande majorit, en Afrique mais aussi les tudiants venus des autres pays de lAfrique occidentale et mme quatoriale.

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Ce beau monde, malgr les diversits culturelles quon pouvait noter et l, constituait, incontestablement, un terreau fertile o se dveloppait harmonieusement larbre de lintgration africaine et que nous arrosions tous, chacun, sa manire Cependant, dans cet unanimisme qui fdrait presque tous les tudiants, les camardes ivoiriens, eux, faisaient bande part.

Je me souvins encore des discussions que nous avions avec eux dans la cour de lUniversit. Ils pousaient les positions de leur leader Houphout qui prconisait la dcentralisation au niveau des territoires alors que Senghor que lon considrait comme son rival, se battait contre la balkanisation et pour le maintien des groupes de territoires et la cration dun excutif fdral, ce que lon aurait d faire.

Les Ivoiriens se plaisaient, en effet, dire non, non, nous on a assez dtre la vache lait de lAOF, il faut que chacun soit indpendant dans son territoire et vous Sngalais qui faites le malin, vous verrez, vous verrez ce que vous allez pouvoir faire avec vos arachides.

Dakar a t, en effet, une excellente tape o jai pu nouer des amitis qui iront se raffermissant lorsque le destin aura plac bien dentre nous aux postes de responsabilit dans nos pays respectifs.

Cest Dakar, galement, que ma prise de conscience politique, certes close Saint-Louis, a t stimule. Jai galement t le premier Prsident 17 de lAssociation de la Coopration du Devoir que nous avions cre.

Nous tions, en effet, un tournant important de lhistoire de lAfrique sous obdience franaise. LUnion Franaise tait, en effet, critique de toutes parts.

Qui pouvait tre sourd aux conclusions du Sommet afro-asiatique de Bandoeng tenu en avril en Indonsie? Qui pouvait ignorer la lutte de libration nationale courageusement engage par les Algriens contre la France qui venait de scrouler devant la rsistance indochinoise?

Qui pouvait tre insensible au panafricanisme de Kwam Nkrumah, le Ghanen? En Afrique, les leaders politiques et les syndicats ne cessaient de dnoncer, en effet, les limites de lUnion Franaise et demandaient davantage de participation des Africains la gestion de leurs propres affaires. Cest dans cette atmosphre mouvemente lextrieur et contestataire lintrieur que nous prenions conscience des obstacles qui jalonnaient lvolution de lAfrique vers davantage dautonomie, voire vers lindpendance.

Au Sngal, la loi municipale de voyait arriver, la tte des mairies, suite aux lections municipales du 18 novembre , des hommes comme Lopold Sdar Senghor This, Mamadou Dia Diourbel. Il fut lu maire.

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Nest-ce pas l une belle illustration de la dmocratie sngalaise? Le parti de Senghor qui avait dsormais pris lascendant sur la SFIO de Lamine Guye travaillait lunification des partis politiques et attirait de plus en plus dintellectuels regroups au sein du groupe Ralits.

Des syndicats revigors par le vote du Code du Travail outre-mer, en , se formaient et exigeaient que ladministration coloniale prt en compte leurs revendications pour plus dgalit et de participation des autochtones aux affaires.

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De grandes rformes se prparaient et ne laissaient personne indiffrent. Lavenir de lAfrique tait en jeu et il fallait bien, avec patience et discipline, forger les outils ncessaires pour assumer au mieux les responsabilits qui seraient les ntres. Javais toujours eu dexcellentes notes en lettres et en mathmatiques, mais cest le droit qui mattirait. Peut-tre parce que le droit colle la ralit quotidienne et javais le sentiment que rien de bon ne se faisait sans la justice et lquit.

Il sy ajoute que jai toujours pens quune bonne administration constitue la condition sine qua non du dveloppement et javais envie dentrer lEcole nationale de la France dOutre-Mer.

Cest pourquoi, en , au moment de postuler une bourse dinternat pour lenseignement suprieur, je prcisais que je comptais prparer des concours administratifs. A la Facult de droit, nous tions en , , en et en Les programmes universitaires restaient dans leur contenu, leur organisation, et leur pdagogie, strictement identiques ceux des universits mtropolitaines. Nos professeurs taient dexcellents matres, frus de lesprit du droit et ayant une grande dextrit communiquer avec simplicit leur immense savoir.

Je garderai toujours un excellent souvenir des cours de Messieurs Chabas sur le droit civil, Bruyas et Seurin sur le droit administratif et Alliot sur lHistoire des Institutions et faits sociaux. Il faut y ajouter Roche, pour le droit constitutionnel, Cappet, pour lconomie, Larguier, pour le droit pnal et Decottignies. Ces trois annes passes lcole de droit furent couronnes de succs. A tous mes examens, je russissais la session de juin, ce qui me laissait le loisir daller passer mes vacances Louga, lesprit libre.

Cest vrai que ma proccupation premire tait la russite aux tudes, persuad que jtais que de grandes responsabilits pesaient sur nos paules, nous qui tions dj considrs comme ceux qui devaient assurer le dveloppement de notre pays et le bientre de ses populations. Lanne avait t marque par le vote de la Loi-cadre, dite encore loi Gaston Deferre, du nom de son initiateur. Cette loi du 23 juin, mise en application en , accentuait la personnalit des territoires africains en mettant en place, notamment, un Conseil de Gouvernement, vritable Conseil des ministres.

En , il en devint le prsident. Mamadou Dia avait la fibre patriotique et lengagement ncessaire pour mener les rformes que nous tions en droit dattendre ; il suscitait tous les espoirs. Son compagnonnage harmonieux avec Lopold Sdar Senghor tait rassurant et lavenir sannonait prometteur.

En , pour la premire fois, je me rendis, Paris. Jtais laurat de la facult de droit et ce titre, jai bnfici dune bourse de vacances pour dcouvrir la France.

Cest depuis Kankan, en Guine, o je passais mes vacances, auprs de mon oncle Badara Dme, alors greffier en chef des Tribunaux en AOF, que me parvint le tlgramme mannonant la bonne nouvelle.

A mon retour des vacances passes en France, je terminai ma troisime anne de droit tout en prparant le concours dentre lEcole nationale de la France dOutre-mer. Depuis , lEcole, en effet, recevait parcimonieusement des Africains qui, leur retour, se retrouvaient, en gnral, placs de hauts postes de responsabilit, notamment dans le cabinet du Hautcommissaire de lAOF. Cette lite devait, dans lesprit du colonisateur, prendre, en douceur, la relve des fonctionnaires mtropolitains.

Nous ntions pas dupes : ces mesures, comme bien dautres, avaient essentiellement pour objectif dinciter les Africains retarder lchance de laccession lindpendance. Daniel, ctait Daniel Cabou qui tait fianc Elonore Mendy qui se trouvait tre une cousine de mon amie. Habib tait dj tudiant en France, alors que moi jai pass le concours partir de Dakar.

Javais prvu de faire le droit public mais dans mon esprit cest seulement aprs la licence. Est-ce que jallais faire les impts? Est-ce que jallais faire les Douanes? Est ce que jallais en France pour prparer une autre Grande cole? Je me ttais et juste ce moment l, dans la foule de la loicadre et des rformes quelle a engendres, notamment le besoin dafricaniser les cadres, on a dcid douvrir aux Africains, les portes de lEcole Nationale de la France dOutre mer.

Alors, pour y accder, il fallait, au minimum obtenir, deux certificats, ce qui ntait pas obligatoire pour la section administrative mais qui tait obligatoire pour la section 20 Magistrature. Mais comme me disait Babacar BA un jour, il ne faut pas rester Dakar pour soi mme, mais il faut terminer la licence. Cest ainsi que je suis rest au campus de Dakar. Mais en fin de compte, jai attendu lanne daprs pour affronter le concours. A cet effet, on nous avait organiss des cours de prparation luniversit, dispenss par des professeurs, notamment Roche, professeur de droit constitutionnel, Bruyas, professeur de droit administratif et Assane Seck qui tait notre professeur de langue nationale, le wolof.

On faisait le cours prparatoire, on lisait un peu car il fallait non seulement avoir des connaissances en droit administratif, mais aussi donner des preuves de culture gnrale. Donc on se prparait bien et comme dhabitude je travaillais avec beaucoup de srieux et eus le bonheur de russir brillamment mon entre lENFOM. Le jour o je devais passer cet examen, je me suis rveill quatre heures 4h du matin ; il restait encore du temps avant de prendre le car pour partir, et jai alors pris mon livre de droit administratif.

Quand le concours a commenc, je me suis tout de suite dis que les voies du Seigneur taient impntrables quand jai vu que la premire preuve portait sur le Conseil du Contentieux Administratif de lAOF. Pour lpreuve orale, javais choisi le Wolof et jai t interrog par Mr Ba, un examinateur qui se trouvait tre le Directeur de lEcole de Mdina. Il a commenc parler avec moi et tout au long de lentretien, il prenait des notes.

Je crois que cest lUniversit dj, que jai assur la matrise de mon Wolof, ce qui ma dailleurs servi, puisque lors dun magal, jtais Premier Ministre lpoque quand jai livr Serigne Abdoul Ahat le message du Prsident Senghor, Bassirou Diagne, le pre de Bassirou Marme ma dit : Abdou tu as t magnifique ; tu sais que pendant tout ton discours, tu nas dit quun seul mot franais!

Je ne peux mempcher de noter que cette anne de , tait aussi celle du transfert de la capitale du Sngal, de Saint-Louis Dakar. Ctait un moment important de lhistoire de notre pays.

Quel enfant de Saint-Louis ne la pas vcu comme une corchure trs vive. Les habitants de Saint-Louis en garderont longtemps encore une animosit contre le Prsident Mamadou Dia qui tait considr comme lauteur de cette dcision.

Cependant, daprs les 21 explications que nous avions reues, Dakar risquait, ou : de faire scession du Sngal pour devenir un Dpartement franais, ou bien, elle tombait sous la concupiscence des Etats de lAOF qui voulaient en faire une ville indivise. Quoiquil en soit, ma raison a prim sur mon sentiment. Ce jour l, Matre Babacar Sye qui tait la tte de la contestation a fait.

A la fin du meeting, il y a eu la marche jusqu la place Faidherbe et l, comme maire de Saint-Louis, Matre Babacar Sye est mont sur la statue de Faidherbe quil a embrass et lui a dit : si tu avais t l on ne nous aurait pas fait a Avec ma russite au concours dentre lENFOM, les portes de Paris souvraient moi, me donnant loccasion dlargir encore mes horizons pour mieux me mettre au service de mon pays et de mon peuple. Javais, comme je lai dj dit, visit Paris pendant les vacances de Paris qui avait hant mes rves dlve et dtudiant amoureux de la culture franaise me parut bien dcevante.

Non seulement le temps y tait gris, les rues recouvertes de pavs, mais des murs sombres cachaient la majest des btiments. Trs vite cependant, je retrouvais mon enthousiasme car Paris restait Paris et jtais bien content, en , dy revenir et de la redcouvrir nouveau.

Les deux annes passes lAvenue de lObservatoire allaient me faire aimer davantage cette belle ville qui offre toujours quelque chose dcouvrir et savourer.

Paris, en effet, est la ville des muses et des spectacles, la ville de losmose culturelle. Elle est galement la ville des rencontres amoureuses car elle me donna loccasion de rencontrer en , Elisabeth, la chance de ma vie. Elle est devenue mon pouse. Jarrivai dans la capitale franaise, le 30 septembre , cest dire deux jours aprs le rfrendum du 28 septembre ; Le Sngal et les autres territoires de lAOF, de lAEF et Madagascar, lexception de la Guine avaient vot oui et acceptaient dtre des Etatsmembres de la Communaut franco-africaine propose par le Gnral de Gaulle revenu au pouvoir en juin La Guine de Skou Tour accdait, elle, lindpendance, rompant ainsi tout lien avec la France.

Jtais la Place Protet, le 26 aot et jtais tout fait daccord avec le discours de De Gaulle : Si vous voulez lindpendance, Prenez-la , avait-il dit. De Gaulle avait prpar son discours crit, mais quand il a vu les porteurs de pancartes, il sest dabord adress eux : je veux dire un mot dabord aux porteurs de pancartes. Voici ce 22 mot : sils veulent lindpendance quils la prennent le 28 septembre. Mais sils ne la prennent pas, alors, quils fassent ce que la France leur propose : la Communaut franco-africaine Nous ne sommes pas lpoque des dmagogues.

Quils sen aillent, les dmagogues do ils viennent, o on les attend! Moi jtais daccord avec lui tout comme jtais daccord, pas avec le ton, mais avec le fond du discours de Valdiodio Ndiaye qui disait ; que demain tous les OUI ne comporteront pas une renonciation dlibre lindpendance et que tous les NON ne traduiront pas une volont de rupture complte.

Je sais que les chefs religieux ntaient pas daccord avec lui parce que ctait surraliste, Senghor ntait pas l. Senghor navait pas de responsabilit mais quand mme. Dia ntait pas l en tant que Prsident du Conseil. On a laiss Valdiodio faisant lintrim de Dia, prononcer le discours et plus tard De gaulle sen souviendra puisque cest Houphout Boigny quil choisira comme ministre dEtat dans son gouvernement. De Gaulle avait t surpris et nerv par le discours de Skou Tour Conakry.

Ils taient tous l et ils lont assur de leur fidlit en lui disant que si les responsables politiques appelaient voter NON , ils perdraient car le peuple les suivrait eux qui allaient voter et faire voter Oui. Le climat politique tait lourdement charg par la guerre dAlgrie qui battait son plein, avec son lot de morts et datrocits. Lempire franais avait dj perdu lIndochine. Lindpendance semblait inluctable et il nous fallait ds prsent, nous prparer lassumer et la rendre gagnante pour nos peuples et nos Etats qui avaient beaucoup donn pour notre ducation.

Cest dans cet esprit engag que je commenai mes cours lENFOM le premier novembre et devais y rester jusquen juillet LEcole tait dirige par le professeur Franois Luchaire. Son adjoint, John Gilmer tait en mme temps, Directeur des tudes de la section administration, tandis que celle de linspection du Travail tait sous la direction de Faraut, Gilbert Mangin soccupant de la section Magistrature.

La ligne lpoque, disons la tradition, consistait ne pas accepter dtre administrateur parce qutre administrateur, dans lesprit de lpoque, cest se voir dans 23 lobligation dappliquer la politique coloniale ; pour viter cela, il ne fallait tre ni administrateur, ni magistrat ; il valait mieux tre inspecteur du travail.

Cest ainsi qu lissue des deux premiers concours, les majors ont tous choisi de faire linspection du travail. Cest au moment du choix que jai fait la connaissance dHabib Thiam. On tait sur le banc et on attendait dtre appel. On commence par moi puisque jtais le major ; Diouf Abdou quest ce que vous choisissez? Alors a a t comme une peur dans la salle. Je lui rpondis que moi je veux faire administration car je pense que, le pays allant vers lindpendance, cette section mouvrira plus de portes et plus dhorizon.

Je choisis donc ladministration et dans la foule presque tout le monde a choisi ladministration. Ce furent le quatrime, Keita Namory qui tait un malien ex Soudanais et le sixime Thicouta Sidib qui tait Sngalais qui choisirent linspection du travail. Dailleurs, tous les deux avaient dj leur licence. Ce qui tait une des caractristiques de ce concours, cest quon y rencontrait des gens qui taient Docteurs en Droit, dautres qui avaient des diplmes dEtudes Suprieures de droit public et dautres qui avaient dj la licence.

Ainsi, nous tions trs peu nombreux faire notre licence complte. Cest donc l que jai connu Habib Thiam et vraiment nous nous sommes attachs lun lautre. Nous habitions Paris et il a t vraiment pour moi un ami, un frre. Jtais au Pavillon dAfrique la Cit internationale de lUniversit de Paris, tandis que lui logeait Anthony avec sa femme et ses deux enfants.

Il mamenait souvent manger chez lui et vraiment a sest trs bien pass entre nous. Dailleurs au moment de faire notre stage, nous devions en tant quadministrateur le faire en prfecture. Je suis all voir le Directeur de lEcole et celui des Etudes et leur ai dit que jaimerais, si possible, faire mon stage au ministre des finances puisque je voulais en ce moment l, me spcialiser en finances.

En fait, ce que je voulais, parce quon tait encore en fdration du Mali, ctait daller travailler la Direction Gnrale des Finances et faire une carrire en me spcialisant dans les Finances Publiques. Ctait cela mon ambition et finalement, aprs discussion, les autorits de lEcole ont donn leur accord et on ma organis un stage aux finances.

Habib Thiam my a suivi ; il a dit que lui aussi voulait faire un stage en finances et dautres ont aussi profit de cette occasion. Cest ainsi que jai fait Rue Deschamps, jai fait la Banque Centrale, en somme jai fait tous les services du ministre des finances et jai mme travaill comme contrleur des Dpenses engages au Ministre des Travaux Publics.

Jtais ct du Contrleur des Dpenses engages pour apprendre mon mtier ; donc, en dfinitive, jai fait un stage formidable. Pour moi le souvenir de lENFOM, cest aussi mon mmoire, ce mmoire dont on me dit quil est aujourdhui introuvable. Sil a 24 disparu, cest peut-tre le fait de ceux qui voulaient lutiliser contre moi au moment o je devais tre Prsident de la Rpublique. Mon sentiment est quen fait, ce mmoire tire moins sa valeur de son intrt scientifique, car je ne lui reconnais pas de valeur scientifique particulire, mais, il faut plutt le voir comme une manifestation de rvolte contre ce que je considrais comme des avatars de la religion.

Cest comme a quil faut le voir, la rvolte dun jeune homme de vingt-trois ans qui tait au bord de lAthisme, au bord du MarxismeLninisme, mais qui avait quand mme encore la foi et trouvait que ce que ces marabouts l faisaient, tait inacceptable ; ctait vraiment crit au vitriol. Quand nous avons russi le concours, personne ne nous a dit quil y aurait un mmoire crire. La rentre a t effectue en octobre et la mi-octobre, on nous fit savoir que nous devions fournir le mmoire avant Nol.

Il me fallait alors mener le travail lcole, de pair avec les cours et les travaux pratiques en facult. Finalement dailleurs, je choisis de ne faire que les Travaux dirigs, nallant que trs peu aux cours. Je me contentais des polycopies. Ctait la seule alternative, puisqu lcole, lassiduit tait de rigueur ; non seulement il y avait un contrle strict, mais en plus il fallait crire un mmoire. Alors, je me suis dis quest ce que je vais choisir comme mmoire?

Jai alors choisi de travailler sur lislam et la socit au Sngal. Quand je me suis lanc dans lentreprise, tout ce que jai souffert pendant les annes dcole coranique, tout ce que jai vu dans ma jeunesse, tous les dfauts ayant un lien si tnu soit-il avec la religion musulmane, me sont revenus en mmoire.

On me dit que lapprciation a t retrouve dans mon dossier, aux Archives dOutre-mer Aix-en-Provence. Je mtais spcialis dans les affaires conomiques et financires et Franois Luchaire, Directeur de lEcole, portant des apprciations trs logieuses sur ma personne termina ainsi ses propos : Cest un lment de choix pour une administration de conception.

Je suis persuad quil russira brillamment dans sa carrire. Si Paris fut pour moi un haut lieu pour mes tudes, elle me donna galement loccasion de faire du syndicalisme estudiantin. Jai t, en effet, vice-prsident de lAssociation des tudiants sngalais. Jassistais galement aux confrences des hommes de gauche. Mais ma conviction tait que si notre pays a besoin dhommes politiques, il a galement besoin 25 dadministrateurs de qualit. Ma vocation, ctait dtre un administrateur, de diriger des circonscriptions administratives, des administrations centrales ou des tablissements publics, un peu comme les grands commis de lEtat franais.

Je ne rvais pas dun destin politique. La vie en a dcid autrement. Le 20 juin , le Sngal venait solidairement avec le Soudan, daccder lindpendance sous la bannire de la Fdration du Mali. Mais on sait ce quil advint de la fdration. Cest la terrasse dun caf que mon ami Habib Thiam et moi-mme apprenions lclatement de la fdration, laissant orphelins, tous ceux qui, comme moi, croyaient la ncessaire intgration africaine, seule voie de salut pour nos micro-Etats.

Nous nous sommes dit que sans aucun doute ce serait Doudou Thiam qui serait le ministre des Affaires Etrangres du Sngal indpendant. Cest ce qui advint. Mes tudes termines en juillet, je dcidai de rentrer Dakar en septembre. Mon premier mouvement fut de prendre lavion, tant javais hte de retrouver mon pays et ma famille. Cest Habib Thiam, qui, avec sa force de persuasion habituelle, me fit changer davis.

Les Mémoires d'Abdou Diouf, 40 années de vie politique au sommet

Cest ainsi que je me rsolus prendre le Lyautey avec lui qui voyageait avec son pouse et ses deux enfants. Son frre Mohamed, connu sous le nom de Baba, ne se laissa pas convaincre et prfra prendre lavion. En pleine mer quand nous parvint la nouvelle alarmante dun avion qui stait abm au large de Dakar, nous priions pour que ce ne ft pas lavion que devait prendre Baba.

Cest du bateau, alors quil venait peine daccoster, quHabib Thiam, interpella ses parents qui lattendaient sur le quai et nous emes la tristesse dapprendre que Baba tait bien dans lavion et quil ny avait aucun survivant. Habib et moi sommes rests trs lis malgr les loignements provisoires auxquels nous contraignaient nos diffrentes affectations.

Nous avons tout fait ensemble et lpisode de lavion quil a racont dans son livre, cest moi qui le lui ai rappel dailleurs , prouve que quelque part, nos destins taient lis. Quand jai t nomm Gouverneur Kaolack, il devait tre nomm Gouverneur Ziguinchor, mais cest Doudou Thiam qui a refus en disant quil le gardait comme Directeur de Cabinet. Le Mali, tant mort et lEtat du Sngal proclam, il nous fallait prsent nous retrousser les manches pour assurer, aux cts des Prsidents Lopold Sdar Senghor et Mamadou Dia, le dveloppement conomique, social et culturel de notre pays.

Javais vingt cinq ans. Tandis quHabib allait aux Affaires Etrangres, o Il a aussitt eu des responsabilits comme Directeur de cabinet, je me suis retrouv au Plan avec Christian Valantin et on ma nomm Directeur de la Coopration technique internationale.

Jai surtout travaill louverture du Sngal vers les bailleurs de fonds autres que la France, notamment la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Dveloppement, la Socit Financire Internationale, le Fonds Europen de Dveloppement et la Banque Europenne dInvestissement. Je retournais alors à la maison pour le petit déjeuner, avant la reprise des cours coraniques de l après midi, jusqu au crépuscule.

Saint Louis fut le berceau de l éducation en AOF. C est dans cette ville que fut construite la première école publique en , qu on baptisa plus tard du nom d un ancien Gouverneur du Sénégal, Brière de l Isle. C est là où fut ouverte en l école des Enfants de Troupe qui deviendra plus tard l Ecole militaire préparatoire, puis le prytanée militaire.

A Saint Louis enfin, on trouvait le lycée Faidherbe, le premier établissement d enseignement secondaire d AOF créé en Saint Louis contribua donc à la formation de beaucoup de cadres africains, civils comme militaires.

Elle peut à juste titre se targuer d être ville avant-gardiste, dans l édification de l unité africaine, et de la francophonie. Lorsque j ai atteint l âge d aller à l école publique française, ma grand-mère procéda à mon inscription à l école Brière de l Isle, située à côté de la Salle des Fêtes, à mi chemin entre l actuel pont Moustaph Malic Gay ex pont Servatius et le pont Masseck Ndiaye ex pont de la Geôle , qui reliaient le quartier nord à Ndar Toute et à la Langue de Barbarie.

Du coup, je devins Diouf Abdou, nom que je devais garder durant toute ma scolarité primaire, secondaire 7 7 et universitaire. L administration coloniale, sous le prétexte qu elle n était pas assez familiarisée avec les patronymes africains, choisit, en effet, de faire précéder le ou les prénoms par le nom de famille. Il faudra attendre un décret du Président Senghor, en , pour que l ordre naturel des noms soit rétabli. Dès lors mes journées se retrouvèrent réparties en trois temps : l école coranique à l aurore, l école française le matin et l après midi, et à nouveau l école coranique jusqu au crépuscule.

Saint louis n était pas seulement un lieu d études, mais aussi de loisirs. La ville offrait, en effet, un cadre idéal pour l épanouissement du corps et de l esprit. Elle avait une bibliothèque municipale et ses associations de jeunes qui perpétuaient l héritage de l Aurore qui a marqué la génération de Maître Lamine Guèye servaient de lieux d épanouissement à la jeunesse qui y pratiquait des activités intellectuelles et sportives On découvrait, à l occasion de conférences, le génie d hommes talentueux comme Abdoulaye Sadji..

Depuis les années 20, on dansait dans la ville le charleston, le black bottom, des sonorités que reprenait avec brio l Orchestre Jazz Saint Louis. Enfin les solitaires pouvaient profiter des grands espaces de méditation que constituaient les berges du fleuve avec les quais. Le Jardin d Essai de Sor à la végétation luxuriante offrait aux visiteurs, dont les élèves, un cadre idéal pour l oxygénation, la découverte, et la réflexion.

Je profitais des moments de détente pour me promener dans le quartier avec les camarades C est donc dans la capitale du Sénégal colonial que j ai grandi, entouré de l amour d une grand-mère bienveillante mais néanmoins rigoureuse en matière d éducation.

Beaucoup de souvenirs se bousculent dans ma tête quand j évoque Saint Louis, cette doyenne des villes du Sénégal qui pendant longtemps s est glorifiée de son statut de ville française, une des premières communes de plein exercice érigées par la métropole dans ses colonies de l Afrique noire. Les dix sept ans passés dans cette ville font que je la connais mieux que Louga où je suis né et où je n allais que pendant les périodes de vacances scolaires.

Les années qui précédent la seconde guerre mondiale sont à vrai dire des années difficiles pour Ndar, la ville de Faidherbe. En fait, depuis la fin de la crise économique des années trente, elle était concurrencée par Dakar alors capitale de l AOF et qui, par l importance de 8 8 son port et de sa position stratégique, était en passe de devenir la ville la plus importante de la colonie.

De fait, Saint-Louis, avait amorcé une agonie lente mais inexorable à la fin des années trente. A l âge de sept ans, je fus donc inscrit à l école primaire Brière de L Isle, du nom d un ancien gouverneur qui dirigea la colonie du Sénégal de à Elle était construite selon le style que Saint louis partage avec les villes des provinces méridionales de la France.

C est là, dans le bâtiment à un étage avec balcon en bois de l école, que j ai effectué tout mon cycle primaire sous la direction de maîtres aussi bien français que sénégalais. Même si je ne peux, dans le cadre de ces réminiscences, parler de tous ceux qui pendant six ans ont été à la base de ma formation primaire, je ne peux m empêcher de me souvenir de certains parmi eux qui ont eu à me marquer véritablement.

Il y a incontestablement Monsieur Monfraix, le directeur de l école. Son physique disgracieux était largement compensé par une beauté morale dont le souvenir indélébile me poursuit encore. C est son épouse Madame Monfraix qui m accompagna au Cours moyen et c est sous son magistère que j ai passé avec succès, en , l entrée en sixième et le Certificat d études. Parmi les maîtres sénégalais, il me revient Monsieur Oumar Camara, pédagogue et paternel. Comme l école Brière abritait également un centre de formation de moniteurs, il arrivait qu en l absence d un maître titulaire, un moniteur prît en charge les élèves.

C est ainsi que j en ai bien connu et apprécié certains. Durant tout mon cursus primaire, je fus placé sous la houlette de ma grand-mère paternelle Fama Bass, chargée de m inculquer aussi bien les bases de l éducation traditionnelle que de l amour du travail bien fait.

Elle se faisait aussi un point d honneur de me faire aimer la langue française, même si elle insistait beaucoup pour me faire connaître mes racines Toucouleur et Wolof. Décédée pendant que j étais encore au cycle moyen de mes études secondaires, elle fut relayée par la fille de son frère, ma tante Toutane Basse, forte personnalité s il en est. Si j insiste sur cette concomitance, c est en fait parce que tout au long de mon cursus secondaire, la politique s est invitée dans ma vie.

Dans cette cité majoritairement acquise aux partisans de Lamine Guèye, c était une gageure que de prétendre animer un parti opposé à la SFIO. C est pourtant le défi que ma tante Toutane Bass, cousine de mon père, a essayé de relever. Je pense avoir joué à l époque déjà, un rôle dans la marche du BDS naissant, tout au moins à Saint Louis.

J étais chargé, en effet, de lire pour ma tante et ses amis militants qui n étaient pas alphabétisés, tous les journaux qui paraissaient, aussi bien ceux favorables à Senghor que ceux qui lui étaient hostiles. Je jouais aussi le rôle d écrivain public, puisque chargé de rédiger tout le courrier adressé au secrétaire général du BDS, et de traduire ses réponses.

En somme, avec le recul, je peux dire qu entre le BDS, branche importante de l arbre généalogique de l actuel parti socialiste du Sénégal et moi, la greffe effectuée par ma tante date de longtemps. Quant à Senghor, déjà élève, je l admirais, je le suivais dans les rues de Saint-Louis et j étais parmi les enfants qui suivaient son cortège et assistaient à ses meetings. On le savait agrégé de grammaire et la rumeur populaire voulait qu un agrégé fût capable de reconstituer un dictionnaire quand bien même on l aurait déchiré.

Alors on était là, on l admirait, on écoutait ses phrases non seulement pour le fond mais également pour la forme parce qu il articulait bien, il parlait lentement et c était un plaisir de l écouter même si à l époque, je ne l avais encore jamais rencontré physiquement.

Quelques fois, il descendait chez MEDOR à côté de chez nous et lorsque ma tante y allait, je l accompagnais et lui serrais la main furtivement. Qu est ce que vous voulez faire? Quelle section voulez vous faire? A l époque, la mode, c était l inspection du travail, je veux faire l inspection du travail ; et nous voilà arrivés chez ma tante, il m a encouragé et je suis sorti. Cette atmosphère bruyante du monde politique ne m a cependant pas empêché de mener à bien mes études secondaires dans ce grand lycée qui, à l époque, recevait une bonne partie de ceux qui deviendront les élites du Sénégal indépendant et même de certains pays de la sousrégion.

En , voilà donc que je commence mes études secondaires. On ne peut évoquer la ville de Saint Louis sans se référer à celui dont le nom a été attribué à l emblème de la ville, en l occurrence le Pont reliant l île à la grande terre, celui dont la statue trône au milieu de la place qui porte encore son nom.

Ce n est qu après la seconde guerre mondiale, quand l enseignement fut réorganisé un arrêté réorganisa le primaire et en fixa la durée à six ans avec un accent mis sur l enseignement intégral incluant l apparition des diplômes classiques brevet élémentaire, brevet d études du premier cycle et Baccalauréat que l accès du lycée Faidherbe fut beaucoup plus facilité.

Je vécus mon entrée au lycée comme un passage de l enfance à l adolescence. Bien que saintlouisien, je n avais aucune familiarité avec le lycée qui me semblait, jusqu alors, hermétiquement fermé aux non initiés.

C est pourquoi, j eus l impression d entrer dans un monde nouveau. A quelle section s inscrire? Fallait-il faire moderne ou classique?

Je n y vis que du feu. J étais certes bon en français et en rédaction mais ce n est pas ce qui détermina mon inscription en section classique. Personne n était là pour me conseiller. C est ainsi que voyant deux files, je me suis mis tantôt dans l une, tantôt dans l autre.

Or voilà que celle où j avais fini mon chassé- croisé s ébranle et je suis le mouvement ; c était la file de la section classique et ainsi d office je me trouve inscrit en latin.

Pour la bourse, c est encore le même scénario. Au départ, je n avais pas demandé de bourse tout simplement parce que j avais ma famille à Saint-Louis. Or voilà qu on nous remet des formulaires de demande de bourse.

Que fallait-il y mettre? Je n en eus aucune idée et ceux que j interroge me disent que peu importait que l on demandât une bourse entière ou une 11 11 demi-bourse d internat car cela revenait au même. Ils disaient, en effet, que ceux qui avaient une demi-bourse d internat prenaient leur repas à midi au lycée et se faisaient rembourser en argent la moitié de la bourse Ils me conseillaient même, puisque j avais ma famille à Saint- Louis, qu il était de mon intérêt de demander une demi-bourse d internat.

Or la vérité était toute autre. Je ne tardai pas à m en apercevoir. Mais ignorance, quand tu nous tiens! Je fus donc titulaire d une demi-bourse d internat durant les cinq premières années passées dans cet établissement et d une bourse d externat plus habillement les deux dernières années. Pour moi passer de l école primaire au lycée, c était comme le moment de la circoncision ; c était vraiment le passage de l enfance à l adolescence.

Cependant, comme l ambiance était extrêmement fraternelle, je me suis fait beaucoup d amis à tous les niveaux. Quand j étais en 6éme par exemple, j étais dans la même classe que Ndiogou Ba dont le frère, Babacar BA était un de nos aînés. Tous les jours, Babacar Ba, se privait de son goûter pour le donner à son frère et à moi-même.

C est ce qui expliquera plus tard une certaine qualité de nos rapports. Quand je suis arrivé en 6éme, j étais bon en français et en rédaction et puis notre professeur qui s appelait Monsieur André Denat, Denat André, disions-nous à l époque, nous a donné notre première interrogation écrite en latin.

Tous les bons élèves en rédaction ont eu de bonnes notes, alors que paradoxalement, je me suis retrouvé avec une très mauvaise note. Au lycée, nous avions d excellents professeurs, pétris de sens pédagogique et extrêmement dévoués à la cause de l enseignement.

Parmi ceux qui m auront le plus marqué, il y avait bien entendu, Monsieur Denat qui devint, par la suite, censeur du lycée. Il faut y ajouter Monsieur Robert, professeur agrégé de Français, Latin et Grec, Jean Vigneau, qui quatorze années durant, a formé à la philosophie des générations de Sénégalais, Lorenzini, professeur d histoire et de géographie, un corse dont la fibre patriotique française résonnait à nos oreilles, Félix Brigaud qui aura consacré beaucoup d ouvrages à l histoire du Sénégal.

Il y en a certainement beaucoup d autres. Tous ont été des professeurs éloquents, pétris de sens pédagogique et conscients de leurs responsabilités de formateurs d une jeunesse qui devait se préparer à assurer l avenir du Sénégal. A Saint-Louis, l ambiance entre élèves du lycée et des collèges était bonne, voire fraternelle. Nous avions des amis partout et on se voyait souvent à l occasion des manifestations sportives et culturelles au cours desquelles nous fraternisions.

Certes, au cours des épreuves sportives interscolaires, nous nous mesurions dans une ambiance de compétition, mais elle restait fraternelle car nous avions des camarades partout.

D autant qu au Collège Ameth Fall et au collège Blanchot, les études s arrêtaient à la troisième. C est ainsi que les plus brillants venaient continuer leurs études au lycée. Les autres terminaient là, ou bien allaient faire une formation pédagogique pour devenir instituteurs adjoints. C est comme ça que Léna Diagne devenue bien après Léna Fall Diagne, parce qu elle était brillante, est venue nous rejoindre au lycée en classe de seconde.. De à , mon séjour à Saint Louis fut entrecoupé de voyages que j effectuais soit à Louga au sein de ma famille maternelle, soit à Linguère, pour rendre visite à mon père qui s y était établi après avoir quitté Mbacké.

Dans cette ville du Djoloff, nous nous retrouvions, pendant les vacances, en famille. Mes frères aussi y passaient les vacances. Ces séjours me rapprochèrent beaucoup de mon père. Cet ancien fonctionnaire des postes, sorti de Blanchot, avait beaucoup d admiration pour l administration.

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Il s est établi à Linguère et a été un proche collaborateur du commandant de cercle de l époque. Sa fidélité, sa loyauté et son sérieux ont fait qu en plus de sa mission dans les sociétés de prévoyance, la bibliothèque créée par les administrateurs coloniaux dans la ville lui fut confiée. Mon père me demandait alors de m occuper des livres de la bibliothèque à sa place pour le décharger un peu de son double travail. C est d ailleurs dans ce cadre que je connus un jeune administrateur du nom de Monteil.

C était un jeune homme, administrateur adjoint au commandant de cercle. Il était très bien et chaque fois qu il venait à la bibliothèque, il prenait un livre et se donnait le temps de discuter avec moi, de savoir ce que je faisais, où j en étais avec mes études et vraiment il me donnait un maintien extraordinairement responsable.

Il était bon, humble et je me suis pris d admiration pour cet homme.

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Je l ai retrouvé d ailleurs, bien après, quand je suis revenu au Sénégal. Nous étions dans le même ministère, chez Karim Gaye. Il y était Directeur de l Action pour le Développement. Il n est certes pas resté très longtemps, mais il s entendait bien avec Karim Gaye et a fait un travail remarquable. Il m a frappé plus que les 13 13 administrateurs de Louga avec lesquels je n entretenais pas ce genre de rapports. Mon admiration pour lui, a dû, certainement, avoir une influence sur ma décision de faire plus tard l école nationale de la France d Outre-mer.

Mon père n était pas du Jolof et comme la vie à Linguère ne devait pas susciter un enthousiasme délirant, les fonctionnaires qui y étaient affectés, avaient l habitude de se retrouver chez nous, à la fin de la journée pour prendre le thé et combattre l ennui. C était l occasion pour mes frères et moi de nous affairer autour des fourneaux, théières et autre matériel nécessaire pour le thé.

Mon père, interrogé par le commandant de cercle, dut rassurer ce dernier qui le comprit fort bien. Il n y avait là aucun ostracisme : notre porte était ouverte à tous et naturellement, y venait qui voulait.

Mon père était un excellent joueur de dames. S il avait été plus jeune et avait pu participer aux compétitions sportives comme il en existe aujourd hui, incontestablement, il aurait été sacré champion du Sénégal et peut-être champion du monde. Il avait vraiment du talent. Je dois avouer que de mes frères, excepté Djiby qui est moins fort que moi, je suis celui qui est le moins doué au jeu de dames.

En revanche ma fille Yacine a largement hérité des talents de son grand-père. Figurez vous que mon père, alors qu il était à la retraite, a été défié par Baba Sy, alors champion du monde du jeu de dames qui est venu l affronter à Linguère. Mon père l a non seulement tenu en échec mais lui a tendu un piège dans lequel il était près de tomber.

Il a fallu qu un spectateur indélicat, ait malicieusement fait un bruit qui éveilla l attention de Baba Sy. C est ainsi qu il se reprit et finalement ils firent match nul. A Louga, je retrouvais l entourage de ma famille maternelle.

C est après leur décès, en , que ma mère monta en première ligne. Elle devint ainsi l âme de la maison et de la grande concession familiale où son autorité était incontestée. Une année repère, fut celle de , lors de la création de l Amicale scolaire et universitaire de Louga.

Cette association 14 14 regroupait tous les lycéens, collégiens et universitaires qui passaient leurs vacances dans cette escale du Ndjambur. J en fus d abord le secrétaire général, avant d en prendre la tête en Lorsque je quittai la présidence, ce fut Cheikh Ba qui me remplaça.

Cette amicale de Louga organisait des cours de vacances pour les jeunes élèves et également des soirées artistiques et culturelles.

Sur ce terrain, elle rencontrait le Cercle de la Jeunesse de Louga qui regroupait les jeunes qui vivaient de manière permanente sur le terrain. On sait avec quel talent le Cercle a dominé pendant des décennies, la scène artistique et culturelle du Sénégal. Les deux associations cultivaient une certaine rivalité mais elle n était jamais bien méchante car tout nous unissait. Si à Saint Louis, je découvris les réalités de la politique du Sénégal de l époque grâce au militantisme de ma tante, je peux dire que mes vacances à Louga et ma participation à la vie de l Amicale furent pour moi un laboratoire d exercice à la vie communautaire, avec tout ce que cela demande comme compréhension et sacrifice pour le bonheur et l entente avec autrui.

Ma vie de lycéen a été ainsi rythmée par ces déplacements entre Saint Louis, Louga et Linguère, étant entendu que, du fait de mes études, je passais plus de temps dans la vieille capitale. C est cela qui explique le fait que je la connaisse bien mieux que Louga ma ville de naissance, même si plus tard, les vicissitudes de l histoire m ont amené à militer dans la dernière.

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C est le lieu de reconnaître que les liens noués entre adolescents sont très forts et peuvent être de qualité. Je pense, en effet, que mon action au sein de l Amicale scolaire et universitaire de Louga participation à la vie culturelle de l association, animation des cours de vacances, etc. Je souligne ce fait pour rendre hommage à tous ceux qui, se rappelant notre compagnonnage au sein de l Amicale, n ont pas hésité à me soutenir pour asseoir une base politique dans une ville où j étais certes né, mais où je ne séjournais que le temps des vacances scolaires.

Le lycée était alors terminé et la scolarité, à Saint-Louis, aussi. Désormais, je devais m établir à Dakar. Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, il y avait en effet la généralisation des programmes métropolitains dans le niveau du primaire. Il s y ajoute que les lycées de Dakar et Saint-Louis étaient désormais, habilités à préparer et avec toutes les options, au baccalauréat de type métropolitain.